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L'histoire de...


L'histoire de...

La chanson québécoise
Les concours de la chanson québécoise
Les écoles de formation en chanson
Le disque au Québec

Je m'inspire de mes connaissances personnelles, de l'Encyclopédie de la chanson du Canada ainsi que des auteurs et historiens de la chanson Bruno Roy, Christian Rioux et Robert Therrien pour vous raconter l'histoire de la chanson québécoise. Bonne lecture !

France Frenette

L'histoire de...

LA CHANSON QUEBECOISE

La Chanson au Québec a pris naissance dans nos salons et s'est coloré du folklore oral du peuple québécois, tout en puisant son essence même dans les folklores européens. Par influence, les rythmes irlandais, écossais et français tintaient nos chansons folkloriques. Toujours actuelle, la chanson folklorique demeure le grand ancêtre de la chanson québécoise, jadis appelée la chanson canadienne d'expression française.

Dès le début du siècle, des artistes populaires comme Madame Bolduc et Lionel Daunais furent parmi les premiers à s'inspirer de la réalité québécoise. Tenant à la fois du folklore et de la chansonnette, l'art de Lionel Daunais imposa à la chanson de nouveaux traits empreints de finesse et d'optimisme. Par ailleurs, l'humour de La Bolduc, ses gigues et son turlutage doublé de sa fantaisie verbale ont fait de Mary Travers notre Bolduc des années 1930.

Pendant que les Tino Rossi en Europe et les Bing Crosby aux USA remplissaient les cabarets, à Montréal, les veillées du bon vieux temps au Monument national (1921-41) permirent au folklore et à la chanson populaire de de gagner la ville. Voulant s'universaliser, les artistes québécois interprétaient des chansons populaires à la mode parisienne ou new-yorkaise.

Dans un esprit différent, l'abbé Charles-Émile Gadbois entreprit en 1937 avec La bonne chanson de diffuser la chanson folklorique ou d'inspiration religieuse et patriotique, d'origine française ou canadienne-française. La bonne chanson servait de préceptes aux valeurs populaires dont la beauté des oeuvres choisies devait témoigner. Puis vint en 1938 le chanteur-compositeur français Charles Trenet qui allait devenir célèbre et dont l'influence sera grande au Québec. Ses chansons figuraient au répertoire des chanteurs du Québec.

Deuxième Guerre mondiale, le concours radiophonique « La Feuille d'érable » organisé par Fernand Robidoux et animé par le fantaisiste et chanteur québécois Jacques Normand sur les ondes de CKVL (Verdun), permit de relancer la diffusion de la chanson populaire française. Toutefois, les chanteurs se préoccupaient peu de chanter des oeuvres originales, se contentant de traduire en français les succès américains ou de copier les chansonnettes françaises.

Parallèlement, la chanson western se situe dans le prolongement d'un certain lyrisme dont le Soldat Lebrun fut le premier représentant. Avec Willie Lamothe le country western québécois s'est affirmé. La télévision des années 1950 a fait connaître de nouveaux auteurs, compositeurs et interprètes. Mais dans les cabarets (Au Faisan doré et Au Saint-Germain-des-Prés) Jacques Normand nous faisait découvrir des Clémence Desrochers, Raymond Lévesque et de Monique Leyrac.

Le « Concours de la chanson canadienne » de la SRC organisé en 1956 donna une première chance à ceux qu'on allait bientôt appeler les chansonniers.

La chanson québécoise est née de la fusion du folklore, de la poésie québécoise et de l'influence des auteurs-compositeurs français (Brassens, Brel, Ferré).

Plusieurs chansonniers publièrent d'abord des recueils de poésies (Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Georges Dor). En 1959, on entendait déjà, Jacques Blanchet, Lionel Daunais, Ovila Légaré, Raymond Lévesque, Pauline Julien, Monique Leyrac et le plus illustre, Félix Leclerc.

Les Bozos comptèrent parmi les premiers chansonniers : le lyrisme de Jean-Pierre Ferland, la recherche musicale de Claude Léveillée, la poésie inspirée de la langue populaire et la verve de Clémence Desrochers illustraient déjà les forces vives d'un nouveau mouvement culturel. Les boîtes à chansons se multiplièrent à partir de 1960 et parallèlement, plusieurs vedettes de la chanson populaire comme Michel Louvain, Joël Denis, Fernand Gignac, Pierre Lalonde, Donald Lautrec, Margot Lefebvre, Ginette Ravel, Ginette Reno, Michèle Richard, Ginette Sage et Pierre Sénécal connaissaient d'importants succès.

La venue des Beatles, qui se produisirent à Montréal en 1964, annonçait la révolution qui allait secouer la musique populaire internationale. Au Québec, des groupes qui compensaient parfois leur manque d'originalité traduisaient sur le coin d'une table des textes médiocre sur des succès musicales mondiaux (Les Gants blancs, Les Classels, César et ses Romains, Les Sultans, etc.).

L'explosion débridée de la musique américaine, en particulier en Californie, n'échappa pas à Robert Charlebois. Dans son spectacle L'Ostidcho (1968), auquel participèrent Louise Forestier, Mouffe et Yvon Deschamps, ce fut la première fois que des compositions originales et des textes poétiques francophones de Péloquin, Ducharme, Charlebois), souvent truffées d'expressions locales, étaient scandées sur des rythmes rock d'inspiration américaine. Le rock francophone était né.

En même temps, plusieurs auteurs-compositeurs comme Les Séguin, Jim (Corcoran) et Bertrand(Gosselin), Jocelyn Bérubé, Breton-Cyr, Louise Forestier et Garolou tentèrent de renouveler la musique traditionnelle québécoise. Tout un mouvement folk s'amorça autour de Jim et Bertrand, François Guy, Plume Latraverse, Paul Piché, Fabienne Thibeault, Guy Trépanier et Gilles Valiquette. Parrallèlement, un nouveau phénomène révolutionna le monde de la chanson pop et du disque; René Simard ce tout petit bonhomme de 10 ans a fait chavirer le coeur de bien des jeunes filles.

La chanson québécoise mélangeait alors les musiques électronique et traditionnelles. Plusieurs faisaient du rock léger sur des textes simples en langue populaire. Des chansons spontanées et urbaines à la façon de Beau Dommage rappellent la simplicité et la fraicheur des premiers chansonniers. Toute une génération sortie des collèges, parmi laquelle Paul Piché, Marie-Claire Séguin, Richard Séguin, Pierre Flynn, Jim Corcoran et Michel Rivard, surgit du foisonnement des groupes pop du début des années 1970. Leur musique plus agressive explorait les sphères du rock et du jazz.

S'exprimant différemment selon une philosophie bien distincte, les groupes Aut'Chose, Harmonium, Héritage, Maneige, Octobre et Offenbach poursuivirent une recherche originale sur le langage, le rythme, les timbres et les sonorités, tout en intégrant divers genres de musique existants à leur style particulier.

À la fin des années 1970, Diane Dufresne, avec son style éclaté et provocateur, traça le chemin pour toutes celles qui voulaient chanter du rock hors des sentiers battus : Marjo, Marie Carmen, Jo Bocan, etc.

Au début des années 1980, une carrière prometteuse prenait naissance lors de l'émission Michel Jasmin qui nous présentait lors d'une première apparition télé : Céline Dion. Toujours à cette époque, Luc Plamondon, dont les chansons représentent la fusion de la chanson populaire et des textes poétiques, a le mieux représenté le dynamisme d'une chanson qui, tout en demeurant québécoise, faisait dorénavant chanter la francophonie.

Avec le développement d'un véritable réseau de spectacles francophones (Festival de La Rochelle, Francofolies, TV5, etc.) qui a amené aussi les vedettes françaises, belges ou africaines à Montréal, Daniel Lavoie, Roch Voisine et des productions comme l'opéra rock Starmania ont donné au Québec ses premiers véritables grands succès populaires en France, De nombreux artistes y font carrière : Diane Tell, Robert Charlebois, Fabienne Thibeault.

En retour, les courants musicaux et poétiques métissés de la francophonie ont aussi influencé plusieurs auteurs québécois, d'où les sonorités maghrébiennes de Jean Leloup et le son proche de celui des groupes rock français de Vilain Pingouin. D'autres, comme le groupe The Box et Céline Dion, tentèrent de percer le marché anglophone avec des enregistrements et des spectacles qui se comparent aux productions américaines. Enfin, des groupes comme les montagnais Kashtin manifestent la diversité culturelle grandissante du Québec.

Avec les nombreux festivals de musique folklorique (Festival mondial de folklore de Drummondville) le Mondial des Chorales et surtout le succès populaire phénoménal du Festival international de jazz de Montréal, la chanson populaire québécoise accueille désormais les influences les plus diverses et offre un visage éclaté.


LES CONCOURS DE LA CHANSON AU QUEBEC

Au début des années 70, un concours se démarque dans le domaine de la chanson. Il s'agit du Festival de la Chanson de Granby. Plusieurs artistes y ont été découverts ; Marie-Denise Pelletier, Lynda Lemay, Isabelle Boulay, Dédé Fortin, Jean-François Breau, Luc De Larochelière, Jo Bocan et plusieurs autres. France Frenette y est finaliste à trois reprises (1981-82 et 84).

Jusqu'à aujourd'hui d'autres concours ont pris naissance dans tous les coins de la province : Festival de la chanson de Petite Vallée, Découvertes de Magog, Tremplin de Dégelis, Chansons en fête de St-Ambroise (Saguenay), Festival de Tadoussac, Expo-Relève de St-Constant, Festival Tropis-Pistoles en chanson, En scène de Drummondville, Victoriaville en chansons. Montréal développe aussi des concours tels que Les Francouvertes, Ma première place des arts et aussi le Gala Révélation au Théâtre St-Denis et autres concours en banlieue.

Il faudra attendre l'arrivée de Star Académie en 2003, ce concours télévisé qui nous offre une nouvelle cuvée d'artistes de la relève aux carrières prometteuses. Parmi ceux-ci, plusieurs sont des étudiants qui ont reçu leur formation chez Prochant : Maxime Landry, Marie-Élaine Thibert, Marie-Eve Côté et Simon Morin.


LES ÉCOLES DE CHANT POPULAIRE AU QUEBEC

La grande dame de la chanson, Lucille Dumont fut la première artiste à transmettre les notions de son métier à la jeune relève prometteuse. Lucille Dumont, une interprète, une pionnière, un modèle, un maître, une femme pour qui la distinction et la qualité étaient indissociables de la noblesse de son métier. Et c'est cette passion de la chanson qu'elle a transmis toujours aux jeunes artistes après plus de soixante ans de carrière (début en 1937).

Parallèlement Clairette Oddera, chanteuse interprète et comédienne, était la soeur de Danielle Oddera et d'origine Marseillaise. Elle s'établit à Montréal en 1956 et c'est en 1959 qu'elle ouvre la boîte à chanson « Chez Clairette » située rue de la Montagne à Montréal. Elle y recoit les grands maîtres et amis que sont Brel, Aznavour, Guétary et autres.?Mais toujours, elle donne la chance à la relève d'être présenté en première partie et pendant plus d'une décennie, on y verra passer les Robert Charlebois, Diane Dufresne, Claude Dubois, Sylvain Lelièvre, France Castel et plusieurs autres...

Clairette ouvre son école à la fin des années 80. Elle fut mon mentor et la femme qui m'a donné ma première chance dans le métier. Je deviens la pianiste accompagnatrice officielle de toute l'école et j'assiste donc à tous les bons conseils prodigués lors de ses cours de chant. Plus tard, je prends la relève comme professeur et enseigne à son école. C'est le début d'une carrière insoupçonnée qui me mènera jusqu'à Prochant.

Après des études universitaires en chant à l'Université de Montréal et après avoir travaillé avec l'Opéra de Montréal et les grands maîtres de ce monde (New York, Londres et autres), France Frenette fonde Prochant en 1989, l'école qui regroupe formation, information et mise en pratique dans le domaine de la chanson populaire. Depuis sa fondation, le succès de son école est retentissant partout sur la planète ; 5% des étudiants proviennent de pays étrangers de la francophonie (Maroc, Guadeloupe, France, Belgique, Suisse, Liban, Portugal, Haïti, Pakistan, Afrique). Parmi les 1800 finissants, plusieurs lauréats de concours et aussi de grandes stars sont fiers d'avoir reçu leur formation professionnelle chez Prochant.

Depuis, d'autres écoles s'installent en région. Le CEGEP Lionel-Groulx développe un cours inspiré par le Théâtre Musical et 7 autres CEGEPS du Québec offrent une formation musique en chanson populaire qui est basée sur un programme musicale général. Mais rien n'est comparable à Prochant.


LE DISQUE AU QUEBEC

La plus ancienne de tout le Canada, l'industrie du disque au Québec a fait preuve depuis les années 1900 d'une étonnante vitalité. Condamnée à la différence par sa culture et sa langue, elle a reçu de sa population un appui inégalé. Et, contrairement à la tendance constatée dans le reste du pays depuis trois décennies, les petites et moyennes compagnies indépendantes continuent de produire la grande majorité des artistes québécois.

De 1900 à 1916, la compagnie que fonde Emile Berliner (1851-1929) à Montréal presse et distribue au Canada des productions étrangères dans une proportion de 90%. Son fils, Herbert Berliner (1882-1966), fonde alors l'étiquette His Master's Voice et renverse entièrement cette statistique en faveur d'artistes canadiens et québécois. Le succès est tel qu'il provoque entre la compagnie américaine Victor, propriétaire de l'entreprise Berliner, et la famille Berliner un conflit au terme duquel Herbert s'en va (avec tous les principaux artisans de HMV) pour se consacrer à Compo, usine de pressage qu'il avait ouverte en 1918 à Lachine.

Les années 20 et 30

Vice-président de la Starr Records Company, Roméo Beaudry (1882-1932) fera connaître un essor considérable à la chanson québécoise dans les années 20. Travaillant de concert avec Herbert Berliner, cet auteur, compositeur et administrateur de talent produit des artistes de tous genres, dont la célèbre madame Bolduc, et jette les bases d'une industrie du disque dynamique. En 1924, la famille Berliner vend sa compagnie de Montréal à la compagnie américaine Victor. L'industrie du disque qui, depuis ses débuts enregistre au moyen d'un système acoustique, adopte l'enregistrement électrique en 1925. Dans ce domaine, Starr (Compo) devance même les compagnies américaines qui optent également pour le standard international de vitesse d'enregistrement de 78,26 tours/minutes qu'utilisent HMV et Starr au Canada. Starr réalise, dès 1929, des essais d'enregistrement à 33 1/3 tours/minute et lance, en 1930, son disque « double durée » qui utilise un sillon plus fin. Starr et His Master's Voice sont les seules compagnies canadiennes à survivre à la crise économique de 1929.

L'activité reprend lentement vers 1935. RCA Victor lance alors l'étiquette Bluebird qui mise sur des artistes de folklore, de variétés et sur ceux du mouvement de la Bonne chanson relancé au Québec, en 1937, par l'abbé Charles-Émile Gadbois. Starr compte sur ses têtes d'affiche en chanson de variétés et sur la musique folklorique toujours présente.

Les années 40

Il s'agit d'une décennie de révolutions technologiques : premier disque à offrir toute la gamme de fréquence (1942), premier « microsillon » à 33 1/3 tours/ minute (1948) et 45 tours/ minute (1949). Le folkloriste Jacques Labrecque est le premier québécois à enregistrer à Londres (1950) un album 33 tours et Robert L'Herbier, le premier (1949) à lancer un 45 tours enregistré à Montréal. À part quelques productions de Columbia, Musicana et Polydor, Starr et RCA Victor sont les seules compagnies à enregistrer massivement des artistes québécois. Après la deuxième guerre mondiale, elles misent sur la musique western qui atteint son apogée en Amérique. RCA Victor fait également une large place à la chansonnette française et aux versions françaises de succès américains.

Les années 50

La décennie s'amorce sur une période d'instabilité. Starr, seule compagnie entièrement canadienne, est vendue à la filiale américaine de la firme Decca en 1951. De nouveaux producteurs (Alouette, London, Maple Leaf, Quality) affrontent une crise qui stoppe presque la production de 1952 à 1954. Comme partout en Amérique, le rock'n'roll relance la vente de disques et permet l'émergence de nouvelles compagnies locales, dont Météor (1954), Music-Hall (1957), Fleur-de-Lys (1957) et Rusticana (1958). Absente depuis plus de 25 ans, Columbia produit à nouveaux des artistes québécois (1956) et Pathé (1957) s'installe sur le marché local où RCA Victor a repris le leadership.

Les années 60

Populaire auprès des jeunes « baby boomers », le 45 tours conduit finalement à la disparition du 78 tours et ouvre à l'industrie un vaste marché qui favorise la création d'un grand nombre de compagnies locales. Fondée en 1960, Trans-Canada deviendra non seulement le plus important producteur de disques québécois mais également le plus gros distributeur. De jeunes producteurs, dont Denis Pantis, Yvan Dufresne, Tony Roman, Roger Miron et les frères Lazare créent leurs propres compagnies et dominent complètement l'industrie dans cette décennie. Sans expérience et sans capitaux, une vingtaine d'autres connaissent des succès éphémères. À cette époque, l'industrie québécoise profite non seulement de l'engouement créé par les Beatles, mais également de la montée des chansonniers. Fait nouveau : quelques artistes créent leur propre compagnie de disques.

Les années 70

Cette décennie constitue l'âge d'or du disque au Québec. Pour contrer l'influence indue de la musique américaine sur les ondes de la radio canadienne, le CRTC impose des quotas obligatoires de musique canadienne aux heures de grande écoute. Cette mesure contribue à faire passer à plus de 30 p. 100 la part de la musique québécoise sur le marché du disque au Québec. Forts de leur expérience, certains producteurs repartent sur des bases plus solides. Art Young lance ses étiquettes Trans-World et Zodiaque et Guy Cloutier fonde Nobel (1970) presque au même moment où il découvre René Simard à qui il fera connaître une carrière internationale de 15 ans. Guy Latraverse s'allie à l'impresario Gilles Talbot pour fonder Kébec-Disc (1974), tandis qu'Yves Martin fonde Campus (1972), Pacha (1974) et Martin (1975). Plusieurs compagnies spécialisées viennent répondre à la montée du Country et à la renaissance du folklore. La production des multinationales continue d'être très importante. Columbia (devenu CBS en 1976), Capitol (EMI), Polydor (Philips) et Barclay produisent un grand nombre d'artistes francophones. Comme j'ai toujours envie d'aimer de Marc Hamilton devient la première chanson francophone québécoise à atteindre le cap du million d'exemplaires vendus dans le monde.

Les années 80

Presque toutes les multinationales du disque sont absorbées, au cours de cette décennie, par de plus gros consortiums. Prélude à toutes ces prises de contrôle, ces compagnies réduisent considérablement leur production locale, aussi bien au Québec qu'au Canada, et ferment des bureaux régionaux canadiens pour se concentrer sur la distribution de disques presque toujours produits hors du pays. Tandis que la production des « indépendants » québécois demeure stable, la production annuelle des multinationales passe de 180 à 38 albums au Québec entre 1978 et 1987. Durement ressenti au départ, ce vide ouvre la voie à de nouvelles compagnies québécoises, dont Pro-Culture, Audiogram et Star, qui sont parmi les plus actives dans les années 80. La radio et la télévision organisent plusieurs concours qui favorisent la reprise au début de la décennie. Avec l'aide du gouvernement fédéral, l'industrie met sur pied l'organisme de subvention MusicAction (1985), Luc Martel fonde le palmarès Radio-Activité (1981) et Pierre Marchand prend la tête de Musique Plus (1986), station consacrée à la diffusion de vidéoclips. De plus en plus d'artistes créent leur propre compagnie de disques. Daniel Lavoie, Céline Dion, Ginette Reno, Men without hats, Corey Hart et plusieurs autres connaissent de bons succès au Canada, alors que Fabienne Thibeault, Diane Tell, Carole Laure et encore une fois Céline Dion font de même en France. Des accords de distribution rendent leurs disques disponibles dans ces pays.

Les années 90

Fait inhabituel depuis 1950, plusieurs compagnies québécoises (Audiogram, Star, PGC, Disques Double) sont encore actives 10 ou 15 ans après leur fondation. Plusieurs se sont diversifiées, s'occupant de promotion et de production de spectacles. Mais l'escalade des frais de production (enregistrement, promotion, vidéoclip, etc.) et la sélectivité excessive des principales compagnies de disques, influencées en cela par les formats radiophoniques, poussent dans la marginalité et l'autoproduction un grand nombre d'artistes, principalement dans les domaines du country et de la musique dite alternative. Or, ces genres représentent ensemble une production annuelle plus importante que celle de l'industrie « officielle » qui connaît une certaine période d'instabilité à la fin de la décennie.

Les années 2000

Les années 2000 sont difficiles pour l'industrie musicale aux États-Unis et au Québec, malgré une hausse des téléchargements légaux, et payants, sur Internet.

Selon des chiffres avancés par la firme de sondage Nielsen, les ventes totales de CD ont chuté de près de 20% en 2008, pour s'établir à 360 millions d'unités vendues, comparativement à 432 millions en 2007. Malgré cela, les ventes de CD représentent plus de 80% du chiffre d'affaires total de l'industrie du disque.

Les ventes numériques d'albums sur Internet à elles seules ont bondi de 32 %, soit 65 millions d'unités vendues, contre 44 millions en 2007. Durant l'année, le nombre de pièces musicales à l'unité téléchargées légalement sur iTunes et sur Amazon a dépassé le milliard, soit une hausse de 27 %. En 2008, la vente de vinyles s'est assez bien portée. 1,88 million d'albums ont été vendus, contre moins de 1 million en 2007. La plupart ont été achetés chez des disquaires indépendants.

Le Québec, guère mieux

Le Canada n'est pas épargné par la baisse des ventes de disques compacts. Les données préliminaires pour l'année 2008 au Québec démontrent que pour les onze premiers mois de l'année, il y a eu une baisse de 15% dans la vente de CD. Un chiffre qui devrait être un peu moindre considérant les données de la période des Fêtes.

Le téléchargement légal gagne en popularité au Québec, mais ce n'est rien en comparaison au téléchargement illégal, selon Alain Brunet, chroniqueur musique et cyberculture au quotidien La Presse. « Pour une chanson téléchargée légalement, il y en a 19 autres qui ne le sont pas et qui sont téléchargées gratuitement » explique-t-il.

Plusieurs analystes prédisent la mort du CD d'ici 10 ans. Il faudra donc revoir la manière de rémunérer les créateurs. La taxation des services d'accès à Internet pourrait être une solution pour aider les artistes et les créateurs.

« Est-ce qu'il n'y aurait pas lieu par exemple de facturer un 5 $ supplémentaire, un chiffre tout à fait hypothétique, et ce 5 $ serait réparti dans les différentes associations d'ayants droit », suggère l'observateur des nouvelles technologies Michel Dumais.

Selon Alain Brunet, c'est toute l'industrie du disque qui doit être revue. « Malheureusement, il n'y a pas de solution à court terme pour compenser ces pertes occasionnées par la chute des ventes de produits physiques dans les magasins de disques » conclut-il.



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